Formation missionnaire

39. Se former ici et maintenant. Les instituts religieux furent, au début, normalement fervents. Les individus veillaient à leur propre sanctification, ils unissaient une forte vertu au zèle apostolique et présentaient cette mutuelle union qui est un des signes les plus sûrs de la charité. Mais ils ne continuèrent pas tous dans la ferveur, l'esprit mondain entra et repris le dessus. Que dire de notre Institut? Il subsistera; mais demandons-nous: se maintiendra t-il toujours dans la ferveur? Voici la grâce que nous devons incessamment demander au Seigneur. Malheur à celui qui perd la ferveur du début, parce qu'il est plus facile de fonder que de réformer une congrégation. Si un jour l'esprit de l'Institut devait manquer, j'espère me faire entendre du paradis!

Cette maison fut construite pour votre formation. Le Seigneur vous a donné des règles, des formateurs et toutes les grâces nécessaires. Et si vous donnez de l'importance à tout, si vous vous montrez dociles à recevoir jour après jour, heure après heure, les influences de cette continuelle pluie de grâces, vous deviendrez comme le Seigneur le veut et atteindrez le but de votre vocation.

«Au temps favorable, je t'ai exaucé; au jour du salut, je t'ai secouru. Le voici maintenant le temps favorable, le voici maintenant le jour du salut» (1Co 6,2). St Paul définit "temps favorable" comme le temps de l'Évangile, qu'il faut accepter avec reconnaissance et amour. L'Église applique ces paroles au temps du Carême. Je vous adresse les mêmes paroles, en les appliquant à la grâce de la vocation et au temps que vous êtes ici pour vous former aux vertus sacerdotales, religieuses et missionnaires.

Réfléchissez bien: c'est maintenant pour vous le temps opportun. Rappelez-vous ce que disait St Jérôme, qui a longtemps vécu à Jérusalem: «Ce n'est pas de vivre à Jérusalem qui est important, mais d'y vivre saintement». Cette maison est votre Jérusalem. Mais il ne suffit pas d'y être entré, il ne suffit pas d'y rester et d'y occuper une place, comme il ne suffit pas de vous appeler missionnaires; ce qui est important est de vous former et de vivre l'esprit missionnaire. Mais pour faire cela – je ne le répéterai jamais assez – vous ne devez pas attendre d'être en mission. Chaque jour est le temps favorable. C'est ici et maintenant que vous devez vous former. Il se tromperait bien celui qui penserait se sanctifier ensuite en mission. Non, non! Si vous n'êtes pas saints ici, si vous n'êtes pas saints avant de partir, vous ne le serez plus. En mission, croyez-moi, vous moissonnerez ce que vous avez semé et rien de plus. Malheureux donc celui qui s'ennuie, qui n'aime pas sa propre formation. Je vous le répète: laissez-vous éduquer, aimez être guidés et corrigés, cherchez votre perfection selon la nature et la finalité de l'Institut! Que votre commune résolution soit donc de valoriser le temps, ne pas en perdre une seule minute. Si vous faites ainsi maintenant, un jour vous récolterez.

Soyez fidèles aux grâces de Dieu et à ses divines inspirations. Le Seigneur frappe souvent à la porte de notre cœur. Soyons attentifs à lui ouvrir tout de suite. Il nous présente des occasions de petits sacrifices et, si nous les faisons avec générosité, il nous en présentera de plus grandes et ensuite de très grandes, jusqu'à nous faire arriver à une vertu héroïque.

40. Dans l'esprit de l'Institut. La forme que vous devez prendre dans l'Institut est celle que le Seigneur m'a inspirée et m'inspire; et moi, accablé par ma responsabilité, je veux absolument que l'Institut se perfectionne et vive une vie parfaite. Je suis de l'avis que le bien il faut bien le faire; autrement, parmi toutes mes nombreuses occupations, je n'aurais pas accepté en plus cette très lourde de la fondation. L'expérience de communauté, celle de toute ma vie, je veux l'appliquer à ces Instituts.

Vous, faites bien attention à mes commandements, à mes exhortations et aussi à mes simples désirs, que vous connaissez bien. Voici ce que je voudrais de vous: la bonne volonté, l'effort généreux et constant pour assimiler l'esprit de l'Institut. Agissez de manière à répéter en toute vérité les paroles de St Paul: «Si je vis, ce n'est plus moi, mais le Christ qui vit en moi» (Ga 2,20). Et cela parce que l'Esprit du Seigneur l'avait envahi au point de le transformer complètement. Renouvelez-vous dans l'esprit de votre jugement (cf. Ep 4,23), de manière à être vous aussi des personnes nouvelles, enrichies de toutes les vertus de notre Seigneur.

Vous donc vous êtes missionnaires de la Consolata. Mais l'êtes-vous de fait ou seulement de nom? Vous démontrerez l'être vraiment si vous avez l'esprit de l'Institut et réglez votre vie de tous les jours et de toutes les heures selon ce même esprit. C'est l'esprit qui donne la forme et la vie à chaque institution, comme à chaque membre. Chaque institution a son propre esprit, duquel et par lequel elle vit. Les individus sont membres vivants de l'institut auquel ils appartiennent en tant qu'ils en ont l'esprit. Celui d'entre vous qui veut prendre pleinement l'esprit de notre Institut doit commencer tout de suite et ne pas perdre de temps.

41. Dans les pensées, dans les paroles, dans les œuvres. Les pensées que vous avez dans votre tête durant la journée sont-elles dignes de missionnaires? Sont-elles constamment dirigées vers la finalité pour laquelle vous êtes venus dans l'Institut C'est-à-dire, avez-vous le désir de vous sanctifier? Pouvez-vous répéter avec St Paul d'avoir en vous «la pensée du Christ»? (cf. 1 Co 2,16).

Vos paroles et vos discours sont-ils dignes de missionnaires? Vous devriez parler souvent d'arguments spirituels ou utiles, vous aider mutuellement à grandir dans la vertu et dans la science. Au contraire plusieurs fois vos discours sont banals!... Du temps entièrement perdu, mes chers, pour votre formation. Il suffirait que quelqu'un ait le courage de faire le premier pas, au contraire on n'ose pas. Et oui, tous, dans leur cœur, en seraient contents! J'ai cela bien à cœur pour votre formation. Je voudrais que vos discours soient toujours dignes de saints missionnaires.

Pour les œuvres, examinez-vous souvent: les œuvres de chrétien ne suffisent pas, mais il faut des œuvres de bon missionnaire. Si un bon chrétien ne doit pas rechercher les commodités, d'autant plus un missionnaire doit-il s'en passer. On peut dire ainsi de la piété, du travail et de toutes les vertus. L'habit ne suffit pas, les paroles ne suffisent pas à vous faire voir comme de vrais missionnaires, il faut les œuvres. Ce sont elles qui doivent rendre témoignage de vous devant les gens. Ayez donc l'esprit de Missionnaires de la Consolata dans vos pensées, dans vos paroles et dans vos œuvres.

42. Sous la direction des supérieurs et des formateurs. 1 Les supérieurs et les formateurs sont comme des sentinelles placées par Dieu dans l'Institut pour promouvoir et conserver la ferveur et le bon esprit. C'est un grand service et un grand devoir.

Comme supérieurs, notre premier devoir est de prier pour vous. Nous nous souvenons de vous à la Messe et nous vous recommandons à l'Esprit Saint, pour qu'il vous donne le don de la force pour surmonter les difficultés et combattre les défauts quotidiens, comme aussi le don de la piété pour devenir de vrais hommes et femmes de prière. Notre second devoir comme supérieurs, est d'être présents dans la communauté, d’être attentifs et vigilants. C'est une lourde responsabilité dont dépend la vie, la prospérité ou la décadence des congrégations. St Paul mettait par-dessus toute chose sa sollicitude pour toutes les Églises (cf. 2 Co 11,28).

En troisième lieu, c'est notre devoir de ne jamais laisser passer aucune erreur sans la corriger, comme un maître de musique qui ne laisse passer aucune fausse note, avec l'excuse qu'elle est petite. Je me rappelle les directives que me donnait Mgr Lorenzo Gastaldi2 quand il m'envoya au séminaire. Il me dit: «Je te recommande deux choses: d'abord une grande charité, en ne disant jamais de paroles dures qui peuvent offenser un jeune ou lui faire croire que le formateur ne l'estime pas. Ensuite ne jamais laisser passer une erreur sans la corriger». Voici la responsabilité des supérieurs et des formateurs.

Quand j'étais directeur spirituel au séminaire, j'avais souvent la tentation de fuir pour échapper à cette responsabilité, qui envers vous est encore plus grande et continuelle. Pour ma part, je ressens la responsabilité que j’ai de vous tous, de votre sanctification, du salut de tant d'âmes. Je veux me présenter à Dieu avec la conscience d'avoir fait mon devoir de formateur de missionnaires et, tant que mes faibles forces le permettront, j'espère l'accomplir.

Dieu m'a placé, avec les supérieurs et les formateurs pour vous guider. C'est donc à nous qu'il revient de juger de votre vocation et de vous former selon le vrai esprit de l'Institut, comme missionnaires de la Consolata. Nous devrons rendre compte à Dieu de la manière dont nous avons accompli cette mission particulière, si nous avons été des ministres et des dispensateurs fidèles des grâces reçues pour vous les communiquer. Malheur à nous si nous avons été des dispensateurs infidèles par peur de vous offenser! Pour vous, la voie à suivre est celle que nous vous indiquons. Si nous sommes les dispensateurs de la grâce de Dieu envers vous, il en résulte qu'aucun autre, ni prêtre, ni laïc, même s’il est plus saint et plus instruit que nous, ne peut et ne doit intervenir ou donner des conseils. Vous devrez seulement répondre devant Dieu de m'avoir obéi ainsi qu’à qui vous guide en mon nom. J'espère que vous tous, vous avez cette bonne volonté de vous laisser former.

43. Avec un cœur ouvert et avec confiance. Ici tout doit être amour. Aimer les supérieurs et les formateurs qui soutiennent pour vous peines et fatigues; votre affection les consolera. Ils doivent être respectés sans tenir compte de leurs qualités personnelles, mais seulement au service de représentants de Dieu, chacun dans la sphère de sa propre responsabilité. Avez-vous cet esprit de foi pratique?

Permettez que j'insiste sur la nécessité d'avoir confiance en vos supérieurs et en vos formateurs. Nous formons ici une famille 3. Maintenant, dans les bonnes familles, les fils sentent le devoir de manifester à leur père leurs pensées et leurs affections, les bonnes et les mauvaises choses, pour en recevoir de l'aide. Vous êtes les fils, les supérieurs et les formateurs sont vos pères dans le Seigneur. Jour et nuit, ils sont à vos côtés, ils pensent, ils prient, ils se fatiguent pour vous, conscients de la responsabilité qu'ils ont face à l'Institut, à L'Église et à Dieu. Vos cœurs doivent donc être ouverts, comme des fils avec leur propre père. C'est ce qu'ils désirent et rien d'autre. Et n'oubliez jamais qu'ils ont une grâce toute spéciale de Dieu pour vous guider et vous former à la sainteté demandée par votre état.

Croyez-moi, sans cette ouverture d'âme il devient plutôt plus difficile de correspondre dignement à la vocation, parce que c'est à travers les supérieurs et les formateurs, comme à travers un canal, que le Seigneurs fait arriver ces grâces à vos âmes. Je crois pouvoir affirmer que le bon esprit d'une communauté religieuse et missionnaire fleurit ou dépérit selon la pratique de la confiance.

Dans les communautés il y a des individus qui mettent en pratique ce qu'ils entendent, qui cherchent à observer les règles, qui sont toujours tranquilles et… rendons grâce à Dieu! Ils vont ainsi de l'avant toute l'année. Mais il y en a d'autres – et c'est la majorité – pour qui l'ouverture constante envers les supérieurs et les formateurs est un vrai besoin, une nécessité absolue, soit pour ne pas se décourager dans les difficultés, comme pour avancer plus vite et plus sûrement dans la croissance religieuse et missionnaire.

Je peux vous dire en terminant que personne ne s'est jamais repenti d'avoir eu de la confiance. Au contraire, beaucoup regrettent, mais trop tard, d'avoir délaissé ce puissant moyen de formation: il aurait suffi d'un acte d'humilité pour confier les difficultés et les peines, comme il aurait aussi suffi d'une parole de celui qui guide pour sauver une vocation qui dès lors est perdue pour toujours. Bienheureux celui qui comprend et pratique ces choses! Quand je serai au paradis je vous bénirai encore plus; je serai toujours sur le balcon…

44. En simplicité et sincérité. La simplicité consiste à chasser de l'âme toute duplicité, pour ne pas rechercher soi-même, mais seulement ce qui est pour la gloire de Dieu et l'utilité du prochain. Oh, le grand secret de cette vertu qui nous rend si chers à Dieu! Le Seigneur dit: «montrez-vous candides comme les colombes» (Mt 10,16) et il nous exhorte à nous faire petits si nous voulons entrer dans le Royaume. Ici, il faut que nous nous formions à l'esprit de simplicité. Celui qui est simple pense, parle et agit avec vérité.

Si on veut (comme on doit vouloir) seulement la volonté de Dieu et notre bien, manifestons toute chose, (excepté le péché) aux supérieurs et aux formateurs, qui nous feront connaître la volonté de Dieu et nous empêcheront de prendre une route que Dieu ne veut pas pour nous. Mais au lieu de chercher toutes les manières pour se faire connaître et d'être aidé pour se corriger et se perfectionner, certains cherchent à cacher leurs faiblesses et à les dissimuler. Les saints ne se comportèrent pas ainsi. Si on prenait la résolution d'agir comme les enfants, qui disent tout ce qu'ils pensent, tout irait bien. N'ayez pas peur qu'ils connaissent vos défauts, parce qu'ainsi ils vous aideront à les corriger. Ayez peur d'avoir des défauts, mais non qu'ils les connaissent. Ayez l'esprit droit, soyez simples, sans ambiguïté… Il y a ce qu'il y a. Rappelez-vous que le Seigneur n'agit pas dans l'eau tourbe! Que ce qu'il y a dans le cœur vienne à la bouche. La vérité est vérité et nous devons l'aimer. C'est ce que je veux: esprit limpide, net, clair; ce qu'il y a à l'intérieur qu'il soit aussi à l'extérieur.

45. De qualité. Le Seigneur a envoyé des vocations dans notre Institut et, s'il y a un bon esprit, il en enverra encore, parce que l'Institut est son œuvre et les vocations sont aussi son œuvre. Que le Seigneur en envoie, mais de première classe. C'est ce que je veux: peu, mais bons, peu, mais en règle: qu'ils aient de l'esprit, qu'ils soient pleins de bonne volonté et capables de faire pour plusieurs. Ce n'est pas le nombre qui compte, mais la qualité et l'esprit, même si le nombre peut avoir son importance s'il est accompagné de la qualité.

Que m'importe d'avoir cinquante ou cent jeunes en formation, s'ils ne sont pas comme je les veux? Combien de fois vous m'avez entendu dire: malheur à ouvrir la porte d'entrée! Malheur à la peur de renvoyer! Je vous répète toujours les mêmes choses; mais je les répète parce que le nombre me fait peur, quand il n'est pas accompagné des vertus nécessaires de chaque membre. Quand ils sont beaucoup, on ne peut pas bien les former comme quand ils sont peu. Je vous l'ai dit et je vous le répète: il est mieux qu'ils soient peu, mais comme il se doit. Et si quelqu'un qui n'est pas encore lié par les vœux perpétuels pense ne pas réussir à être ce qu'il devrait être, il fait bien de partir. C'est mieux pour lui, pour l'Institut et pour la mission.

46. Sans hâte de partir. Vous êtes comme de jeunes plantes dans le jardin de l'Église et le Seigneur veut que vous grandissiez bien, droits, vigoureux. Mais pour cela il faut que vous vous cultiviez. Mettez-vous de tout cœur à l'œuvre. Heureux qui s'est bien préparé! Pour acquérir des vertus solides, fortes, constantes, il faut du temps.

N'ayez pas hâte de partir pour les missions. Il est juste que vous ressentiez un vif désir d'y aller, parce que c'est le but pour lequel vous êtes venus et auquel vous tendez. La formation que vous recevez dans l'Institut est orientée vers cela. Que votre cœur soit en mission, je vous le dis toujours. Cependant que ce désir soit accompagné d'une sainte crainte. Il ne suffit pas, en effet, de désirer partir, parce que pour le départ il faut être préparé: par rapport à la science et, plus, par rapport à la vertu. Est-ce que vous l'avez cette préparation? Ne vous faites pas d'illusions: c'est ici que vous devez vous former à la vertu. En mission, l'arbre donnera ses fruits: vous serez patients, généreux, détachés des commodités, si vous vous êtes exercés durant le temps de formation, si vous en avez acquis l'habitude. Voici la juste crainte qu'éprouvent ceux qui ont un bon esprit et qui comprennent la valeur de l'apostolat.

Pas de manie de courir! Je vous recommande donc le calme et la patience pour bien vous préparer. Je veux que nous allions doucement pour bien aller. Il ne suffit pas d'avoir beaucoup de terre à cultiver, si ensuite manquent les bras pour la travailler ou si les ouvriers ne sont pas aptes au travail. Il faut des gens capables, bien formés. Je voudrais que ces considérations vous restent fixées dans l'esprit. Désir d'aller en mission, oui, mais uni à la crainte de ne pas être suffisamment préparés. L'Église n'a pas besoin de tant de sujets: sans eux elle continuera sa mission. Mais elle a besoin d'apôtres instruits et bien formés dans l'esprit. Personne n'est nécessaire, mais tous sont utiles. Il en est ainsi pour notre Institut.

Formation à une vie ordonnée

47. Intérêt et collaboration de tous. La discipline 4 est importante pour favoriser la formation des personnes et l'organisation de la communauté. Elle renferme un vaste champ qui comprend la ponctualité dans l'accomplissement de ses devoirs, la fidélité aux normes et aux habitudes de la communauté, la bonne éducation, la politesse, etc.

Les anciens pères de famille, comme les patriarches, avaient l'habitude de réunir de temps à autre leurs plus grands fils, les plus sérieux, et ils discutaient avec eux des choses de famille. Ils parlaient du passé, du présent et du futur: comment allaient les affaires, quelles améliorations apporter, quelles choses corriger dans la vie de la famille. J'ai connu un de ces pères et comme les choses allaient bien dans cette maison! Comme l'accord et l'engagement étaient communs! Ainsi devons-nous faire nous aussi, et cela est la raison pour laquelle j'aime tellement me trouver parmi vous: nous devons nous comprendre intimement. Regardons le présent et demandons-nous: est-ce que notre communauté va bien?... Pourrait-elle aller mieux?... Quels sont les moyens à adopter?... Quels sont les écueils à éviter?... L'avenir de l'Institut dépend du présent.

De votre part, comme missionnaires, le Seigneur veut ce vif intérêt pour le bien commun. Rappelez- vous que le bien, pour qu'il soit bien, doit être complet. Ordinairement celui qui n'est pas ordonné dans le matériel, ne l'est pas non plus dans les pensées et dans tout le reste. Comme je vous l’ai déjà répété, le bien il faut bien le faire, mais pour notre vocation elle-même, il faut le faire mieux chaque jour et cela veut dire avec esprit. Ce qui compte ce n'est pas tant l'action en soi, mais l'esprit avec lequel on l'accomplit. Que notre communauté soit ainsi: ordonnée dans le matériel, vivifiée par le bon esprit.

48. C'est aussi mon affaire! Nous sommes unis entre nous et intéressés à toute la maison, comme si elle nous appartenait toute. Il faut de l'ordre dans l'intérêt de tous et de chacun; que chacun se sente membre vivant du même corps; travailler tous d'accord pour le bien de tous, comme font les membres du corps humain. N'avons-nous pas tous la même finalité? Oui, la même finalité et un même désir: que notre communauté, que l'Institut marche bien, prospère et accomplisse sa mission. Donc ne pas dire: «Ce n'est pas mon affaire». C'est l'affaire de tous. Avec l'excuse du «ce n'est pas mon affaire», quelqu'un trébuche sur une chaise qui n'est pas à sa place, et ne pense pas de la replacer; on trouve un papier par terre et on ne le ramasse pas; une fenêtre ou une porte bat au vent, et on ne la ferme pas. Il faut faire d'abord les choses dont nous avons la charge, bien les faire, avec responsabilité, avec esprit; et ensuite avoir à cœur tout le reste.

49. Discipline non seulement observée, mais aimée. Que la discipline ne soit pas seulement observée, mais aimée. Si on ne l'aime pas, il sera presque impossible d'y appliquer nos actions avec un esprit joyeux et avec une volonté constante. Il me semble que dans les communautés on ne manque pas tellement d'observance matérielle, mais surtout d'amour pour la discipline. En conséquence, tandis que tous font les mêmes choses, certains en profitent parce qu'ils les font avec amour; mais d'autres, ne pouvant faire autrement, n'en ressentent que le poids.

Mais ce n'est pas que l'observance de la discipline ne coûte pas. Il s'agit de travailler sur sa propre volonté et de purifier sans réserve ses propres tendances désordonnées. Tout cela coûte, mais l'amour le rend doux et facile. N'oubliez pas l'avertissement de l'Esprit Saint: «Malheur à qui méprise sagesse et discipline» (Sg 3,11). Au contraire, celui qui l'observe avec amour jouit d'un paix parfaite. Au lieu d'aspirer à faire des choses impossibles, faites ce que vous devez faire, faites-le bien, faites-le dans le temps, dans le lieu et de la manière indiqués; et cela non par bonds, selon l'humeur de la journée, mais toujours, tous les jours et durant toute la journée. Voici l'esprit de discipline! Dans les missions, surtout, il faut de la discipline, observée par devoir et avec amour. Selon les circonstances dans lesquelles s'accompli le travail de mission, un acte d'indiscipline peut entraîner des désordres et des préjudices à l'évangélisation.

50. Bonne éducation et délicatesse. À part toute autre considération, la discipline, comme bonne éducation, est aussi nécessaire pour l'apostolat. Un missionnaire et une sœur missionnaire qui ne savent pas être éduqués, ne peuvent pas être estimés et, pour cela même, il leur est difficile de faire du bien aux gens.

L'éducation n'est pas moins nécessaire pour conserver la charité. Dans les communautés, comme dans les familles et en société, il faut de la politesse. L'éducation bien comprise nous porte à la délicatesse d'écouter, elle prépare la voie à penser humblement sur nous, à ne pas offenser les autres, à être reconnaissant. Tandis que l'éducation aide à l'exercice de la charité, la charité, à son tour, ennoblit l'éducation. La charité existe là où il y a plus d'éducation. Les communautés qui sont mieux éduquées exercent aussi plus facilement la charité réciproque; où au contraire on commence par une parole grossière, on finit par manquer de charité. Je désire donc que parmi nous il y ait beaucoup de délicatesse. Que chacun s'étudie lui-même pour voir s'il y a quelque chose qui n'y est pas conforme. Je voudrais que vous ayez cette finesse de charité et que notre communauté puisse se dire une communauté délicate.

Et comment arriver à être délicats et éduqués? En réfléchissant et travaillant autour de nous-mêmes pour enlever de nos habitudes ce qui ne convient pas à des personnes éduquées. Croyez-le, il est toujours bien employé le temps que nous prenons pour porter un regard sur nous-mêmes, pour nous demander si nous n'avons rien qui n'est pas d'une personne éduquée, rien qui puisse gêner les autres. En plus, on arrive à être délicats et éduqués dans la correction fraternelle. Peut-être que quelqu'un ne se rend pas compte de certaines de ses impolitesses et c'est une vraie charité de l'avertir. Les manques d'éducation sont de petites choses qu'il faut corriger mutuellement.

Ce point sur la bonne éducation me tient vraiment à cœur et je ne cesserai pas d'insister. Que notre communauté soit éduquée. Ensemble, avec la piété et l'étude, je veux la bonne éducation et que toutes les choses soient bien faites, avec dignité, modération et délicatesse. Non, je ne permets rien d’impoli ici. Bien entendu – et St Bernard lui-même le note – que l'éducation ne constitue pas la perfection religieuse, mais c'est un moyen qui la favorise. Les belles manières, en rapport à la vertu, sont comme les fleurs par rapport aux fruits. Ce ne sont que des fleurs, mais des fleurs qui laissent attendre des fruits. Devenons ainsi et le Seigneur nous bénira, et notre communauté sera en cela aussi une communauté ordonnée. Notre Consolata est délicate et comme elle veut que ses fils et ses filles soient délicats!

51. Maîtrise de soi et modestie dans le comportement. La modestie, comprise comme discrétion et dignité de comportement, comprend tout notre extérieur «de la pointe des cheveux au bout des chaussures», comme disait St J. Cafasso. C'est une grande vertu qui provient de la maîtrise que l'on possède intérieurement sur ses propres passions et qui présuppose d'autres vertus, comme la patience, la douceur, l'humilité, etc. Elle demande en plus un continuel travail d'autocontrôle. Dieu, invisible, se rend visible à nous aussi: non seulement dans nos vertus, mais aussi dans le comportement extérieur. Ne soyez donc pas modestes seulement pour vous, mais aussi pour rendre témoignage au prochain.

Comment acquérir la modestie? Avant tout par l'exercice de la présence de Dieu. Oui, Dieu est près de nous et il nous voit. Habituons-nous à vivre en Sa présence; alors, soit seuls soit accompagnés, nous serons toujours réservés et dignes. Il faut, en plus, réfléchir souvent sur nous-mêmes pour voir s'il n'y a rien qui n'est pas en accord avec la modestie et, si c'est le cas, trancher sans pitié. Oui, je désire que vous ayez un grand amour de la modestie.

Voici en quoi consiste la discipline. Aimez-la et observez-la. Elle est pour vous comme la loi de Dieu, qui vous accompagne dans toutes les actions de la journée. Il est écrit: «Grande paix pour les amants de ta loi» (Ps 118,165). J'ai toujours aimé cette expression. Oui, rappelez-vous que l'abondante paix vient seulement de l'amour, donc de l'observance faite avec amour.

Formation à l'étude et au travail

52. Nécessité de la science. Pour le missionnaire, la sainteté ne suffit pas, mais il faut aussi la science. La piété, en effet, peut former un bon ermite, mais seule la science, unie à la piété peut former de bons évangélisateurs. Le vrai apôtre est aussi complété par la science. Que l'étude soit considérée en vue de la mission. Une préparation intellectuelle médiocre ne suffit pas, mais il faut une vraie science. Le missionnaire ignorant est une idole de tristesse et d'amertume.

La nécessité de la science est évidente dans la Ste Écriture. Dans l'Ancien Testament on lit dans Malachie: «Car c'est aux lèvres du prêtre de garder le savoir et c'est de sa bouche qu'on recherche l'instruction: il est le messager de Yahvé Sabaot» (Ml 2,7). Le peuple cherchait la vérité chez les prêtres, donc ils devaient la posséder. Et en Osée il est écrit: «Mon peuple périt faute de science. Puisque tu as, toi, rejeté la science, je te rejetterai de mon sacerdoce» (Os 4,6). Dans le Nouveau Testament le Seigneur dit aux Apôtres: «Allez donc, de toutes les nations faites des disciples» (Mt 28,19). Mais pour enseigner aux autres, il faut avoir la science nécessaire. Voici pourquoi St Paul rappelle à Timothée: «Veille sur ta personne et sur ton enseignement; persévère en ces dispositions» (1Tm 4,16).

St François de Sales considérait la science comme "le huitième sacrement". Vous savez ce que disait Ste Thérèse: qu'entre un confesseur instruit et moins bon et un autre meilleur et moins instruit, elle aurait choisi, pour la tranquillité de son âme, le plus instruit. Il ne faut pas attendre la science infuse, comme il en fut pour les Apôtres, mais ils restèrent trois ans à l'école de Jésus. Croyez-moi: vous ferez beaucoup ou peu de bien en proportion aussi à l'étude que vous aurez faite ou non.

Un missionnaire sans science est comme une lampe éteinte. Pour cela, votre science doit être la plus ample possible. Tout est pour vous former, tant dans les études que dans la piété. Celui qui s'engage se trouvera à la fin de la formation avec le trousseau nécessaire et utile pour bien accomplir la mission que le Seigneur lui confiera. Rappelez-vous aussi le dicton: «les choses répétées aident». Il faut retourner sur les choses qu'on étudie. La première fois qu'on étudie quelque chose c'est pour le dire; la deuxième fois on commence à l'assimiler; la troisième fois on en goûte la vérité.

53. Étude des langues. Je recommande en particulier l'étude et l'exercice des langues, pour pouvoir les parler et communiquer avec les gens. En effet, à quoi serviraient les études de philosophie, de théologie, etc., si ensuite on ne savait pas communiquer aux autres le contenu des études? Si on parle les langues avec difficulté, le fruit sera médiocre, avec la conséquence qu'on perdra la volonté d'évangéliser, ou on le fera avec peu d'énergie et aussi avec peu d'autorité. Donc, rappelez-vous: d'abord la philosophie, la théologie, la Ste Écriture, toute de suite après les langues. Je retiens cela comme signe de vocation missionnaire dans notre Institut.

Dans les lettres les missionnaires se plaignent souvent de ne pas savoir la langue indigène et donc de ne pas pouvoir évangéliser tout de suite. Pour vous, il ne devra plus en être ainsi. Engagez-vous dans cette étude. Quand quelqu'un fait tout ce qui est possible de sa part pour apprendre, le Seigneur, si nécessaire, lui donnera le don des langues promis aux Apôtres. Quand nous avons envoyé à Rome le premier vocabulaire et la première grammaire kikuyu, composés entièrement par les missionnaires, le card. Gaetano De Lay écrivit une longue lettre de congratulations, en comparant nos missionnaires à St Cyrille et St Méthode, en disant que comme ces deux saints avaient été les premiers à mettre par écrit la langue des peuples slaves, ainsi nos missionnaires avaient d'une certaine manière donné vie à la langue des kikuyu.

Il ne suffit pas d'étudier les grammaires, il faut s'exercer à parler les langues. Celui qui n'a pas d'inclination et d'engagement pour étudier les langues, réalisera difficilement sa vocation missionnaire. J'insiste donc sur l'étude des langues. C'est une vraie nécessité pour les missionnaires.

54. Étude pour la mission. On doit étudier avec humilité, énergie, tempérance et piété. Avec humilité: de cela nous parlerons plus en particulier en parlant de la vertu de la foi. Avec énergie: cela veut dire étudier en profondeur et sans perdre de temps. Avec tempérance: c'est-à-dire étudier ni plus ni moins que ce qu'il faut étudier, sans croire voler pour l'étude le temps que l'obéissance destine aux autres travaux. Ici dans cette maison, je le répète, tout est en vue de la mission.

En particulier, étudier avec piété: pour un missionnaire et une missionnaire tout est ordonné à la piété, la science aussi. Mgr Adoardo Pulciano, quand il était séminariste, déplorait qu'entre la classe et la chapelle il y avait comme une barrière. Et comment est-il possible d'étudier le sacrement du Baptême et de ne pas faire sortir du cœur un acte de remerciement à Dieu qui, sans aucun mérite de notre part, nous en a fait le don? Comment est-il possible d'étudier l'Eucharistie, sans faire quelque communion spirituelle? Étudier la Pénitence et ne pas remercier le Seigneur pour tant de fois que nous avons reçu et que nous recevons ce sacrement?

Étudier avec piété signifie encore recourir au Seigneur pour avoir la lumière nécessaire. St Thomas affirmait avoir plus appris aux pieds du Crucifix que dans les livres. Étudiez donc avec dévotion, étudiez comme si vous étiez dans l'église. Le Curé d'Ars étudiait toujours dans la sacristie, pour être près du Seigneur. Au temps de St François de Sales on disait: «Si tu veux confondre l'adversaire recours à celui-ci ou à celui-là mais si tu veux le convertir recours à l'évêque de Genève».

La finalité des études n'est autre que notre sanctification et le service à l'Institut et à la mission. On n'étudie donc pas pour des finalités humaines. Tout ce que vous faites, ne l'oubliez jamais, est en vue de l'évangélisation. Je voudrais que vous fassiez une jaculatoire avec ces paroles du psaume: «Apprends-moi le bon sens et le savoir» (Ps 119,66).

55. Travail: devoir et honneur. Le missionnaire et la missionnaire doivent se distinguer par l'amour du travail. Celui qui ne s'adapte pas aux travaux manuels n'a pas l'esprit missionnaire. Il faut l'esprit de prière et de travail; travail intellectuel et travail manuel. Dans les travaux soyez actifs et dans les choses spirituelles contemplatifs.

Le travail est un devoir, mais c'est aussi un honneur pour avoir été sanctifié par la Sainte Famille. Jusqu'à trente ans Jésus travailla avec St Joseph, dans l'humble métier de charpentier. La Vierge non plus ne passa pas sa vie à genoux à prier; elle aussi travailla beaucoup, en accomplissant toutes les tâches de la maison de Nazareth. St Paul, tout en devant prêcher, travailla pour subvenir à ses besoins et à ceux des autres: «Nous nous épuisons à travailler de nos mains» (1Co 4,12). Dans les Actes des Apôtres il est écrit de St Paul: «Il y trouva un juif nommé Aquila originaire du Pont, qui venait d'arriver d'Italie avec Priscille, sa femme, […] Il se lia avec eux, et, comme ils étaient du même métier, il demeura chez eux et y travailla» (Ac 18,2-3). Le card. G. Massaia5 cousait les vêtements et réparais les chaussures de ceux qu'il voulait évangéliser. Et les Bénédictins et d'autres moines ne firent-ils pas ainsi pour évangéliser les barbares? Spécialement dans la mission, la science du travail n'est pas moins nécessaire que les autres sciences.

Celui qui ne sait pas ou ne veut pas travailler n'est pas un vrai missionnaire; il manque quelque chose à sa vocation. Quand on arrive en mission et qu'on ne sait pas encore la langue, que faut-il faire? On commence à travailler et entre temps, en travaillant au contact des gens, on apprend la langue. Celui qui dirait: «Je veux seulement prêcher, non travailler», serait dans l'erreur. De l'Afrique une missionnaire m'écrivait: « Parmi les choses les plus nécessaires dans la vie de mission, avec l'obéissance et la charité mutuelle, il y a l'amour du travail». Cela vaut aussi pour les missionnaires prêtres.

56. S'aider les uns les autres. Comme c'est beau dans une communauté cette compétition pour s'aider les uns les autres! Ne fait-on pas ainsi dans les familles? Il est beau de coopérer tous ensemble à faire le bien. Que l'on balaie, que l'on travaille ou que l'on étudie, nous le faisons par amour de Dieu. Dans notre Institut il y a tant de fonctions; l’un a la capacité pour une chose, et l'autre pour une autre, et entre tous on fait tout. L'important est de le faire par amour de Dieu, pour se sanctifier, pour sauver les âmes.

57. S'approvisionner. On va en mission pour évangéliser, mais il faut aussi se maintenir en vie et donc satisfaire à ses propres besoins. Quand quelqu'un travaille, il doit penser qu'il fait économiser la communauté. Essayer de gagner quelque chose pour la communauté est un devoir parce que nous sommes des membres vivants de l'Institut. Ici ce n'est pas un collège où l'on paie, mais une famille où nous payons tous également. Si nous pouvons être utiles à quelque chose, considérons-nous comme chanceux et donc faisons-le volontiers. Travailler pour se maintenir nous-mêmes, et aussi pour aider les autres. St Paul exhortait aussi les chrétiens à travailler: «Qu'il prenne plutôt la peine de travailler de ses mains, au point de pouvoir faire le bien en secourant les nécessiteux» (Ep 4,28).

Je pense que pour bien se préparer aux missions, ce soit une bonne chose d'apprendre quelque métier et aussi d’apprendre à faire un peu de tout. Rappelez-vous; je ne veux pas qu'ici des talents restent inutilisés. Que tout ce que l'on sait et qui sert soit valorisé. Que toutes les capacités soient cultivées. Il ne faut pas avoir peur de se salir les mains, mais plutôt de ne pas apprendre assez les travaux manuels, même les humbles travaux de la maison. Celui qui a de la difficulté à les faire ou qui les fait sans volonté n'est pas fait pour être missionnaire. Apprenez de tout, donnez de l'importance à toute chose, ayez l'esprit d'observation, soyez entreprenants et affectionnés au travail.

Il faut travailler bien, avec diligence, en pensant à ce que l'on fait et sans perdre de temps, avec une vraie volonté d'apprendre. Travailler avec énergie et ne pas éviter la fatigue pour chercher ses propres commodités. Plus il y a de choses à faire, et plus on en fait. Ici on ne travaille que par amour de Dieu et donc le peu de fatigue que nous éprouvons, pensons que c'est pour le Seigneur et pour se sanctifier. En tout, faisons la volonté de Dieu. Si vous aviez été des «mous» vous ne seriez pas venus dans cet Institut.

 

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1 Pour indiquer les éducateurs des séminaires ou des maisons religieuses, Joseph Allamano suivait l'usage courant et parlait habituellement de "supérieurs". La responsabilité dans la formation de la part des supérieurs par rapport aux membres de leur communauté n'est pas en doute. Comme Joseph Allamano était un grand formateur, pour que sa pensée soit plus explicite, quand il employait le terme "supérieur", il pensait à son action de formation, ce terme est ici spécifié ou complété par "formateur".

2 Lorenzo Gastaldi (1815-1883), archevêque de Turin, fut un apôtre actif, zélé et de profonde culture. Il fut docteur en théologie, membre du Collège Théologique de l'Université de Turin et chanoine de l'Église de la Ste Trinité. En 1851 il entra chez les Rosminiens et fut envoyé en Angleterre par Rosmini lui-même, où il travailla durant environ 10 ans. Pour des motifs de santé, en 1862, il quitta la congrégation et revint au diocèse. Élu évêque de Saluzzo en 1865, il participa au Concile Vatican I, en défendant avec ardeur et maîtrise l'infaillibilité pontificale. Quand le siège archiépiscopal de Turin devint vacant, suivant le conseil de l'abbé Jean Bosco, Pie IX le nomma archevêque. Mgr Gastaldi apprécia beaucoup Joseph Allamano, qu'il nomma assistant et ensuite directeur spirituel au séminaire à peine ordonné prêtre, et recteur du sanctuaire de la Consolata, à l'âge de 29 ans seulement. Le mérite spécial de Mgr Gastaldi a été d'avoir fait confiance en Joseph Allamano, en lui permettant de ré ouvrir le Collège pour Ecclésiastiques pour la formation des jeunes prêtres près du sanctuaire de la Consolata et de lui avoir confié l'enseignement de la théologie morale. Joseph Allamano eut toujours une profonde vénération pour cet archevêque.

3 Tout en connaissant la problématique inhérente au concept de "famille", existant actuellement dans certains contextes culturels, ici on garde la terminologie et la pensée de Joseph Allamano sur la famille, lesquelles ont été conservées traditionnellement dans nos Instituts et correspondent exactement à l'enseignement du magistère de l'Église.

4 Dans la pédagogie de Joseph Allamano, comme on l'employait dans ce temps, le mot "discipline" comprenait plusieurs attitudes qui allaient de l'observance des normes, à la régularité, jusqu'à la manière de traiter les gens. Ces attitudes peuvent se résumer en une seule: "être fidèles de manière ordonnée à sa propre vie". La discipline, en réalité, ne signifiait pas tant une fidélité externe à des normes ou à des devoirs, qu'à une cohérence intérieure aux engagements pris. Pour ne pas modifier le discours de Joseph Allamano, on a gardé dans ces pages le mot "discipline" mais qui doit être interprété à la lumière de ces précisions.

5 Guglielmo Massaia (1809-1889), né à Piovà (Asti), entra chez les Capucins à Turin en 1826. Ordonné prêtre en 1832, il fut aumônier de l'hôpital Mauriziano de Turin et professeur de philosophie et de théologie au couvent de Testona (TO). Ordonné évêque en 1846, il ne put entrer dans sa mission d'Éthiopie qu'en 1852, après un long voyage plein de souffrances et de péripéties inédites. En 1879 il fut expulsé par l'empereur Joannes IV, laissant en Éthiopie diverses communautés chrétiennes. En 1884 il fut créé cardinal par le Pape Léon XIII, qui lui demanda de rédiger ses mémoires missionnaires, qui furent publiés en 12 volumes à partir de 1885 sous le titre: I miei 35 anni di missione nell'alta Étiopia (Mes 35 ans de mission dans la haute Éthiopie). Cette œuvre peut être énumérée parmi les chefs-d'œuvre de la littérature missionnaire internationale. Joseph Allamano fonda l'Institut dans le but aussi de continuer l'œuvre du card. Massaia.