Foi
85. Doublement bienheureux. St Augustin compare la sainteté à un édifice qui, pour être érigé, demande de bonnes bases sur lesquelles ensuite, avec le matériel bien ordonné, on construit plusieurs étages. Ainsi notre sainteté: elle se base sur la foi, s'érige sur l'espérance et se perfectionne avec la charité. La foi est donc le fondement de la sainteté et donc de toute vertu.
Jésus dit un jour à ses disciples: «Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez. Car, je vous le dis, bien des prophètes et des rois ont voulu voir ce que vous voyez et ne l'ont pas vu» (Lc 10, 23-24). Ce fut certainement une grande chance de vivre au temps du Seigneur, de le connaître personnellement, de l'entendre parler et d'être témoins de ses miracles. Les patriarches, les rois et les prophètes de l'Ancien Testament n’ont pas eu une telle chance. Eux, comme Abraham, soupirèrent de voir le Messie: «Abraham, votre père, exulta à la pensée de voir mon Jour; il l'a vu et il s'est réjoui» (Jn 8,56). Il l'a vu, oui, mais seulement en vision, comme David et Isaïe, qui en avait déjà écrit la vie. Mais les disciples ont pu voir et entendre Jésus en personne, parler avec lui familièrement.
Et nous, sommes-nous bienheureux? Après lui avoir montré ses plaies, Jésus dit à Thomas: «Parce que tu me vois, tu crois. Heureux ceux qui croiront sans m'avoir vu» (Jn 20,29). Donc nous aussi nous sommes bienheureux si nous avons la foi en Lui. Et notez: nous, nous sommes doublement bienheureux. D'abord parce que nous croyons sans voir; ensuite parce que réellement nous voyons et nous écoutons. Il n'est pas nécessaire de voir avec les yeux et d'entendre avec les oreilles du corps, pour dire que nous voyons et que nous écoutons. Les choses se connaissent aussi par l'histoire, par laquelle nous savons ce que Jésus a dit et fait durant sa vie sur la terre, comme aussi durant les siècles, dans l'Église. Il est toujours avec nous jusqu'à la fin des temps, spécialement dans le St Sacrement, vivant comme au ciel, où nous pouvons le voir avec les yeux de la foi et l'écouter.
86. Vivre de foi. Que signifie vivre de foi? Cela veut dire conformer, modeler tout nous-mêmes sur les préceptes de la foi. Si elle est le principe, la règle de nos actions, essayons de tout faire selon le critère que nous offre la foi. Nous jugeons tout à la lumière de la foi, nous estimons toute chose selon la valeur qu'elle lui attribue. La foi est nécessaire à tous les chrétiens pour se sauver: «Sans la foi il est impossible de Lui plaire» (He 11,6). Cette foi, sans aucun mérite de notre part, nous la recevons au Baptême, qui nous reconstitua dans l'ordre surnaturel. Que l'esprit de foi nous accompagne dans toute action, du matin au soir, de jour et de nuit et qu'il soit une certitude vive et profonde, qui guide la vie concrète.
St Paul recommandait la foi à Timothée: «Pour toi, homme de Dieu, poursuis […] la foi» (1Tm 6,11), c'est-à-dire qu'il la maintienne et la perfectionne. Comment pouvons-nous faire? Comme la foi est un don de Dieu, nous devons la demander fréquemment. Le Seigneur, avant de chasser le démon d'un jeune homme, voulut une profession de foi de son père, qui demanda à Jésus de la lui augmenter: «Je crois! Viens en aide à mon peu de foi!» (Mc 9,24). Nous aussi disons souvent au Seigneur: aide-nous à croire! Ou : « Augmente en nous la foi» (Lc 17,5). St Augustin exhorte à prier souvent et bien le Credo, qui contient les vérités de la foi comme tant de perles précieuses. Il faut vivre de foi: «Or mon juste vivra par la foi» (He 10,38).
87. En mission. Pour aller à Dieu, on n'a pas besoin de tant de paroles, il faut un grand esprit de foi. Si tous doivent avoir cet esprit de foi, combien plus les missionnaires! Que se fera t-il sans lui en mission? Vous devrez la promouvoir chez tant de millions de non chrétiens. «A moins de renaître d'eau et d'Esprit, nul ne peut entrer au Royaume de Dieu» (Jn 3,5). Vous voyez la valeur de la foi pour nous et pour les autres! Comme vous êtes chanceux d'avoir cette sublime mission! Nous devons avoir la foi jusqu'à être disposés à la professer publiquement, jusqu'au martyre.
Avec l'esprit de foi, nous ne nous retrouverons jamais abandonnés. Tous peuvent nous abandonner, mais Dieu non. Si quelqu'un vit de foi, même le poids de la responsabilité missionnaire disparaît, parce que, si seuls nous ne pouvons rien faire, avec Dieu nous sommes tout-puissants. C'est dans ce sens que nous demandons l'augmentation de la foi. Il ne s'agit pas tellement de demander la foi théologique, car nous l'avons déjà, mais l'augmentation de la foi pratique et de l'esprit de foi. On dit de Joseph Cottolengo qu'il avait plus de foi que tous les habitants de Turin. Il faut une foi très vivante. Même pas un cheveu de votre tête n'est perdu, si Dieu ne le veut pas (cf. Lc 21,18). Donc demandons une augmentation de foi. Qu'il y ait toujours une graine de foi qui domine tout.
88. Foi pratique. Vous me direz que, grâce à Dieu, la foi vous l'avez et que vous la gardez très chèrement. Bien, vous avez la foi théorique, mais avez-vous la foi pratique? Il ne suffit pas en effet d'avoir la foi. Si notre foi ne s'explicite pas dans les œuvres, elle est morte: «La foi sans les œuvres est stérile» (Jc 2,20). Que toutes nos pensées soient conformes à la foi. Demandons-nous: cette pensée plait-elle à Dieu? Oui, Dieu seul! Tout de Dieu, tout par Dieu, tout en Dieu! Donc plus de pensées inutiles! C'est de ces pensées que naissent certains jugements: sur nos compagnons, sur les dispositions des supérieurs, sur les évènements passés ou présents, sur les choses de la terre, etc. Que cela vaut-il pour l'éternité? St Joseph Benoît Labre, passant un jour tout déguenillé et en loques devant un homme, entendit qu'on lui appliquait ces paroles: «Pauvre malheureux!». Le saint tout joyeux s'arrête et répondit: «Oh non, je ne suis pas malheureux, je suis dans la grâce de Dieu!». Vous voyez, celui-là jugeait selon l'esprit du monde, mais le saint selon l'esprit de foi. Et on peut dire la même chose des faux jugements que les autres peuvent avoir sur nous. Qu'importe? «Mon juge, c'est le Seigneur» (1Co 4,4).
Nos affections sont-elles toutes guidées par l'esprit de foi? N'avons-nous pas quelque affection ou quelque attachement contraire à cet esprit? Je parle de ces attachements que quelqu'un peut avoir aussi pour une chose de rien, mais qui l'empêche d'être tout de Dieu. Un cœur plein de Dieu s'exprime aussi dans les paroles: «C'est du trop-plein du cœur que la bouche parle» (Mt 12,34). Ainsi, dans tout ce que nous faisons, nous devons nous conduire selon l'esprit de foi, spécialement dans ces actions qui regardent plus directement le service de Dieu. Mgr Gastaldi, durant sa visite pastorale dans une paroisse, ayant trouvé les corporaux et les autres linges sacrés malpropres, tandis que la lingerie de la maison était toute belle, s'adressa au curé: «Croyez-vous à la présence du Seigneur dans le St Sacrement?» - «Mais, Monseigneur, vous me faites tort!» - «Non, non: vous y croyez ou vous n'y croyez pas?» - «Certainement que j'y crois!». - «C’est d'autant pire! Si vous croyez vous n'avez pas d'excuse». Si j'interrogeais chacun de vous: «Crois-tu à la présence réelle du Seigneur dans l'Hostie Consacrée?», votre réponse serait affirmative. Alors je pourrais encore vous demander: «Pourquoi cette génuflexion si mal faite? Ces distractions volontaires? Cet ennui dans la visite au St Sacrement? Le fait de ne pas se souvenir du Seigneur durant la journée?» Non, il ne suffit pas d'avoir une foi purement théorique, abstraite; il faut avoir une foi pratique, en y conformant toutes nos actions.
89. Foi simple et intègre. St Augustin recommande: «Arrivent les ignorants et ils gagnent le royaume de Dieu et à nous autres, avec toute notre doctrine, ils laissent la terre!». Certainement, il ne faut pas croire sans autorité et même sans raison, mais quand nous avons des raisons de croire et que celui qui enseigne est vrai, alors on croit. Jésus s'exclame: «Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d'avoir caché cela aux sages et aux habiles et de l'avoir révélé aux tout petits» (Mt 11,25). St Thomas D'Aquin expliquait que la foi n'est pas seulement dans l'intelligence, mais aussi dans la volonté, et que ce n'est pas la raison, mais la volonté qui détermine à croire. Il faut la simplicité pour obtenir de croire.
Un missionnaire ou une missionnaire qui n'a pas cette foi simple et intègre, pour trouver, le soir, sa consolation aux pieds de Jésus au St Sacrement, que fera t-il? Quand il n'y a pas cette foi humble, simple et intègre, il n'y a plus rien.
On peut, on doit même étudier, approfondir les choses, mais toujours dire: je crois, Seigneur! St Pierre exhortait ainsi les premiers chrétiens: «Comme des enfants nouveau-nés désirez le lait spirituel non frelaté, afin que, par lui, vous croissiez pour le salut» (1P 2,2). Allons, allons de l'avant avec humilité et simplicité dans les choses de la foi! Celui qui se met à douter de tout, arrivera peu à peu à douter aussi des choses de la foi. Ce ne seront ensuite que des tentations, mais qui dérangent. Dans cette maison il faut qu'il ait de la simplicité. Je veux que vous soyez simples, ce qui ne veut pas dire croire à tout. Une chose est la foi simple, et une autre chose est la crédulité. Le Seigneur nous a avertis: «Montrez-vous donc malins comme les serpents et candides comme les colombes» (Mt 10,16).
90. Sous la direction de l'Église. Aimez les vérités de la foi, étudiez-en la beauté, le bon sens, les bénéfices qui en dérivent pour le temps et pour l'éternité, sous la direction de l'Église. L'étude pourra nous fournir une science théologique, mais non une foi catholique. Une foi catholique veut dire croire parce que l'Église nous le propose. Nos Instituts et chacun de leurs membres doivent être attachés au Pontife Romain et à l'Église: «Là où est Pierre, là est l'Église». Professons donc une pleine soumission à l'Église et au Pape; et non à celui-ci ou à celui-là, mais au Pape comme tel. Même dans les choses libres nous voulons être avec lui. Si ici quelqu'un pensait différemment du Pape, même dans des choses qui ne sont pas de foi ou de morale, il n'est pas fait pour nous. Nous voulons être «Papaux» dans tout les sens du mot. Prions les Sts Apôtres Pierre et Paul qu'ils nous obtiennent d'être toujours, tant collectivement qu'individuellement, unis au Saint Siège. Cette grâce donnera de la stabilité à l'Institut.
Espérance
91. Ouvrir notre cœur à l'espérance. Selon St Augustin, comme nous le savons, l'édifice de notre sanctification s'érige avec l'espérance. Notez l'importance qu'il donne à l'espérance. Et pourtant, en parlant généralement, tous n'en ont pas une telle estime. On sent l'obligation de croire, mais on craint d'avoir trop d'espérance et on admet des découragements sous l'espèce de bien et de crainte de Dieu.
Joseph Cafasso, qui était l'homme de l'espérance, n'était pas ainsi. Il possédait cette vertu à un degré excellent. Il en avait tellement jusqu'à en donner aux autres. Quand on lui disait que la porte du paradis était étroite, il répondait: «Et bien, nous passerons un à la fois!». Il insufflait l'espérance même aux condamnés à mort, en leur donnant des commissions pour la Vierge et, après l'exécution, il disait: «Un saint de plus!». Et il ajoutait aussi: «Ces fripouilles nous volent le paradis!». Il savait changer le désespoir en la plus belle confiance. Non, il ne faut jamais désespérer de personne. La miséricorde de Dieu est infinie! A la question: quelle était la principale vertu de Joseph Cafasso, on restait incertain; tout était principal. Certains affirmaient que c'était le zèle pour le salut des âmes. D'autres disaient que c'était la confiance en Dieu: en fait de confiance il en avait pour lui et pour les autres. L'espérance ou la confiance en Dieu fut certainement la caractéristique de Joseph Cafasso. Et je l'ai déposé moi aussi dans les procès. Certains ont la foi assez vivante, mais ils espèrent peu, ils ne sont pas capables d'ouvrir leur cœur.
Ouvrons notre cœur à une vivante espérance. Et non seulement espérer, mais espérer au superlatif, espérer contre toute espérance. Quand on espère peu, on fait tort au Seigneur, «lui qui veut que tous les hommes soient sauvés» (1 Tm 2,4). Joseph Cafasso disait que certains pensent se sauver comme on joue au loto: «Qui sait si je vais gagner le loto?». Et ainsi certains chrétiens: «Qui sait si je vais me sauver?». Non, ce n'est pas ainsi. On doit aller de l'avant avec la certitude que le Seigneur comprend nos faiblesses, dès que nous mettons un peu de bonne volonté. Nous ne devons pas avoir peur de trop espérer. St Hilarion s'encourageait lui-même au moment de mourir: «Tu as servi le Seigneur durant soixante-dix ans et tu as peur de mourir?».
Ne pas dire, donc: «Qui sait si je vais me sauver?», mais; «Je veux me sauver et donc je veux me corriger de mes défauts et ne pas me décourager». La peur de ne pas se sauver provient surtout de la paresse. Il faut se reprendre, travailler, comme faisaient les saints. Même les péchés de la vie passée ne doivent pas nous décourager. Il n'est pas mauvais de se les rappeler pour s'humilier, mais ne pas toujours s'en rappeler, comme si le Seigneur ne les avait pas pardonnés. Le Seigneur est tellement heureux que nous croyions à sa bonté, a sa miséricorde! Donc espérer, espérer fortement! En Toi, Seigneur, j'ai espéré, et je ne serai pas confondu pour l'éternité!
92. Avec le regard au paradis. La pensée du paradis doit être vivante dans notre esprit. C'est une telle pensée qui a fait les saints, qui peupla le désert d'ermites, les maisons religieuses de consacrés et les pays de mission de fervents missionnaires. Vous voyez, cette pensée produit en nous de grands effets. D'abord elle nous détache de cette terre. Joseph Cafasso disait: «Chaque chose d'ici-bas je la considère en vue de la récompense de là-haut; et si elle est laide et me fait de la peine, je pense qu'au paradis je ne l'aurai plus». En plus, cette pensée du paradis nous fait vaincre tous les obstacles, les peines, les tribulations de cette vie. Quand l'ennui, la mélancolie et l'indolence voudraient nous faire passer des heures et des jours sombres, répétons avec St François d'Assise: «Le bien qui m'attend est si grand que toute peine m'est un délice!». Si pour nous la peine n'est pas encore un délice, au moins qu'elle devienne supportable. La souffrance dure peu, la récompense au contraire est éternelle. St Paul dit: «Oui, la légère tribulation d'un moment nous prépare, bien au-delà de toute mesure, une masse éternelle de gloire» (2Co 4,17).
La pensée du Paradis sert aussi à nous faciliter l'acquisition de toutes les vertus et à correspondre plus fidèlement et plus généreusement à notre vocation, qui est d'être saints, de grands saints, les plus saints possible. C'est donc une grande pensée que celle du paradis, qui nous encourage à nous sanctifier. Les années passent rapidement et heureux sommes-nous si, à la fin de notre vie, nous pouvons répéter avec St Paul: «J'ai combattu jusqu'au bout le bon combat, J'ai achevé ma course, j'ai gardé la foi. Et maintenant, voici qu'est préparée pour moi la couronne de justice, qu'en retour le Seigneur me donnera en ce Jour-là, lui, le juste Juge» (2 Tm 4, 4-7). L'abbé Jean Bosco avait écrit sur une porte: «Le paradis n'est pas fait pour les peureux!». Je dirais qu'il n'est pas fait non seulement pour les peureux, mais non plus pour ceux qui ne se donnent qu'à moitié au Seigneur.
Quand vous pensez au paradis, n'y pensez pas en abstrait, mais pensez à celui du missionnaire fidèle à sa vocation. Le Seigneur dit: «Je vais vous préparer une place» (Jn 14,2). Mais pour cela il faut travailler, et travailler beaucoup. Et ce serait trop commode d'avoir le paradis maintenant, si vite! Non, non; travailler quarante, cinquante ans et même plus. Il me semble que cette pensée du paradis doit nous soulever. Notre récompense est là, très grande! Pensons-y souvent.
93. Un magasin de confiance. La plus éminente, la plus robuste espérance s'appelle la confiance. La confiance est comme la quintessence de l'espérance. Elle nous est nécessaire pour couvrir la disproportion qu'il y a entre notre nullité et la grandeur de notre vocation religieuse, sacerdotale et missionnaire.
Il faut avoir un magasin de confiance, pour pouvoir en donner aux autres. En nous méfiant nous faisons tort à Dieu. Joseph Cafasso appelait le manque de confiance le péché des fous. Ca coûte tellement peu d'avoir confiance en Dieu! Pourquoi donc ne pas avoir confiance?
La confiance est nécessaire à tous. Elle est nécessaire aux méchants pour se relever de leurs vices et se remettre avec courage sur la voie de la vertu. «Je veux partir, retourner vers mon Père» (Lc 15,18). Elle est nécessaire aux tièdes pour se secouer et se remettre dans la ferveur: «Yahvé est bon pour l'âme qui le cherche» (Lm 5,25). Mais je dirais qu'elle est plus nécessaire aux fervents. Elle l'est pour qu'ils ne se découragent pas devant les exigences de Dieu, comme pour ne pas se décourager à cause des fréquentes chutes, des défauts et des péchés qui se commettent. En faisant la révision de vie, on se retrouve toujours avec les mêmes imperfections et on serait tentés de conclure: «Tout est inutile, d'abord je ne me corrige jamais!». Mais pourquoi, dis-je, te retrouves-tu toujours avec les mêmes défauts? Parce que tu es faible! Fais ce que tu peux et le Seigneur t'aidera! Nous sommes vraiment fous quand nous manquons de confiance!
L'essentiel est de trouver du bien partout. St Paul nous assure que: «Avec ceux qui l'aiment, Dieu collabore en tout pour leur bien» (Rm 8,28). Oui, en tout, même les péchés, quand il y a la bonne volonté. De tout, aussi du péché, on peut tirer du bien, quand on est humble.
Confiance, confiance. Après la confession, en pensant aux vertus et non plus aux péchés. Mais allons, un peu d'amour de Dieu ajuste tout! Ne jamais se décourager, toujours recommencer: «Nunc coepi!», maintenant je commence! Je dirais que cela est le blason de nos Instituts. Si nous avons cette confiance, nous éviterons l'écueil des troubles et des scrupules. Dans les troubles et les incertitudes d'âme, tenons-nous-en toujours à la voix qui engendre la tranquillité. Joseph Cafasso disait «qu'on ne doit pas demander pardon à tout moment. Comme entre des amis intimes on ne s'excuse pas pour chaque petite erreur, ainsi doit-il en être dans nos rapports avec Dieu. L'amour de Dieu lave tout!». Il disait encore: «Seigneur vous le savez que je ne veux pas vous offenser, que je vous aime; donc si quelque chose m'échappe, je ne veux même pas vous demander pardon».
Cette confiance vous est aussi nécessaire pour l'avenir, quand vous serez en mission. Des découragements arriveront à cause de vos erreurs, à cause du peu de fruit de l'apostolat, à cause de la solitude, etc. Allons, allons, courage. «Qui s'appuie sur Yahvé ressemble au mont Sion: Rien ne l'ébranle, il est stable pour toujours» (Ps 124,1). Si vous n'avez pas un sac, un dépôt de confiance, vous serez alors tristes en mission. Un ou une missionnaire méfiante ne peut pas faire du bien, même c'est un tourment pour soi et pour les autres.
La peur et la méfiance empêchent l'avancement dans les voies de l'esprit. Ayez le cœur grand, autrement vous ne ferez plus rien. Il ne faut pas se perdre dans tant de petites choses, mais il faut être agiles. Jésus est le Dieu de la paix, non du trouble. Demandons-lui la paix pour nous aussi, pour ne pas nous laisser prendre par les scrupules, tout en étant délicats de conscience. Aucun scrupule! Aucun doute! Que tout soit clair et net. Aller de l'avant avec cette tranquillité d'esprit qui éloigne des scrupules et des doutes. C'est cela l'esprit que je veux!
94. Tout dans les mains de Dieu. La confiance est un abandon amoureux dans la Divine Providence qui nous accompagne à chaque pas de notre vie. Abandonnons-nous à Dieu et laissons tout entre ses mains. Il est père et fait tout pour notre mieux. On ne doit jamais craindre ni pour l'Institut, ni pour chacun en particulier. En tout, même dans les plus petites choses, élevons-nous à Dieu, et n’ayons confiance qu'en Lui, quelque soit le cours des évènements. Ne mettons pas notre confiance dans les moyens humains qui sont en nous: le talent, la force, la vertu, etc., ou qui sont dans les autres. Faisons toujours ce que nous pouvons de notre part, ensuite laissons tout dans les mains du Seigneur, sans avoir peur. Il ne laisse jamais le travail à moitié.
95. Avoir confiance en la Providence. Nous sommes invités à avoir une grande confiance en la Divine Providence: «Ne vous inquiétez donc pas en disant: Qu'allons-nous manger? Qu'allons-nous boire? De quoi nous allons-nous vêtir?» (Mt 6,31). Le Seigneur qui procure la nourriture aux oiseaux procurera d'autant plus le soutien à ses apôtres. Si c'est la volonté de Dieu que nous acceptions tant de jeunes et qu'ils soient conformes, Dieu doit faire des miracles, comme il les fait au Cottolengo, la Petite Maison de la Divine Providence. Là, ce sont de "pauvres corps" qui sont sauvés. Pour nous il s'agit de sauver de "pauvres âmes".
Il faut avoir de la confiance en Dieu, mais s'engager à être conforme. Combien ça coûte pour maintenir un missionnaire! Ma préoccupation n'est pas qu'il entre de l'argent, mais que nous méritions qu'il en entre. S'il venait à manquer le nécessaire pour aller de l'avant, j'irais voir le Seigneur ou la Vierge qui en tient la bourse, et je dirais: Ou ceux qui sont en mission ne font pas leur devoir, ou ici chez-nous il y a un "Amalécite" qui ne correspond pas». Je ne doute pas de la Providence. Sans cette confiance ce serait â perdre la tête. Parfois il se passe qu'on arrive au soir et il n'y a pas d'argent pour une facture qui arrive à terme. Et bien, le jour suivant l'argent arrive et on paie la facture. Je vous assure que je n'ai jamais cessé de dormir tranquillement pour ce problème. Je ne vais pas à la recherche de l'argent, mais je n'aurais pas honte d'aller demander l'aumône pour vous et pour les missions. Mais parfois le Seigneur veut nous éprouver un peu et il nous fait attendre. Avec cela il veut nous rappeler que nous sommes pauvres, qu'Il est notre Maître. Mais si nous correspondons, il nous bénira toujours.
Jésus dans l'Évangile défend ce trop d'angoisse qui naît de la défiance de Dieu et de l'attachement immodéré aux choses de la terre. Mais la confiance dans la Divine Providence n'exclut pas que nous aussi nous nous engagions à penser, à travailler et à prévoir pour l'avenir. Que ce soit donc l'engagement de vous tous que de coopérer au bien commun, en ayant soin des biens de la communauté et en vous contentant du nécessaire. Surtout par votre vie fervente vous mériterez les bénédictions de Dieu, même temporelles: «Cherchez d'abord le Royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît» (Mt 6,33). Vous, quand dans le "Notre Père", vous demandez le pain quotidien, mettez l'intention de demander, en premier lieu la Sainte Communion et la Parole de Dieu, mais ensuite aussi le pain matériel. Si Dieu prévoit avec tant de largesse les choses matérielles, combien plus les spirituelles! Je voudrais vraiment que nos Instituts en général et vous tous en particulier, vous ayez toujours cette grande confiance en Dieu: «Celui qui met sa confiance dans le Seigneur ne souffre aucun dommage» (Si 32,24).
Charité
96. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, L'édifice de notre sainteté, selon St Augustin, se perfectionne par la charité. Dieu et le prochain sont deux objets, ou un unique objet sous deux aspects de la charité: Dieu en soi et pour soi, le prochain en Dieu et pour Dieu1. La charité envers Dieu ne consiste pas tellement dans le sentiment, mais plutôt dans la volonté. On peut aimer beaucoup et ne pas ressentir, ou même en éprouver de la répugnance. On peut beaucoup ressentir et même pleurer de tendresse et ne pas aimer. La charité envers Dieu est le premier grand commandement. A la demande du docteur de la loi: «Maître, quel est le plus grand commandement de la Loi?», Jésus répond: «Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit» (Mt 22, 36-37). L'évangéliste Marc ajoute: «et de toute ta force» (Mc 12,30).
La sainteté consiste essentiellement dans la charité, selon St Thomas: «La perfection de la vie chrétienne en soi et essentiellement consiste dans la charité». La charité est sainteté; aimer et se sanctifier est la même chose. Quand il y a de l'amour, il y a tout. Les autres vertus théologales sont nécessaires parce qu'elles sont inséparablement unies à la charité. On ne peut pas aimer sans croire et on espère ce qu'on aime.
St François de Sales confirme: «La vraie sainteté consiste dans l'amour de Dieu; quelqu'un est d'autant plus saint qu'il aime Dieu». Et St Augustin: «Aime et fais ce que tu veux». Celui qui aime Dieu ne l'offense pas, mais il le sert fidèlement. La charité est donc le résumé de toutes les vertus et elle en est la perfection. Voici pourquoi St Paul affirme que «la charité est donc la loi dans sa plénitude» (Rm 13,10) et «en laquelle se noue la perfection» (Col 3,14). Il ne doute pas d'affirmer que, sans la charité, tout le reste ne sert à rien. Même si nous parlions les langues des anges, si nous avions le don de la prophétie et connaissions tous les mystères, même si nous possédions toute la science et si nous avions la foi pour transporter les montagnes, même si nous offrions notre corps pour être brûlé vif, sans la charité cela ne sert à rien! (cf. 1Cor 13,1ss).
97. Amour comme amitié. Selon St Thomas, la charité est une amitié entre Dieu et l'homme. Dieu nous a préférés de toute éternité: «D'un amour éternel je t'ai aimé» (Jr 31,3). Il a mis en nous ses complaisances: «mettant mes délices à fréquenter les enfants des hommes» (Pr 8,31). Dieu nous aime effectivement; il nous donne continuellement des grâces pour nous soutenir dans le bien et nous sanctifier; et si nous péchons, il nous pardonne. Quand nous sommes affligés, il nous dit: «Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai» (Mt 11,28). Il nous a donné tout ce que nous avons, même s'il n'avait pas besoin de nous, et en même temps il est reconnaissant pour tout acte de vertu qu'il nous offre et il le rend avec de nombreuses grâces. Nous devons, nous aussi, lui être reconnaissant, en répétant souvent: «Nous te remercions, Seigneur notre Dieu!». St Jérôme nous enseigne que «vouloir et ne pas vouloir ce que l'ami veut et ne veut pas, est le signe de la vraie amitié».
98. Aimer Dieu avec ardeur. St Augustin dit: «Tu nous a créés pour toi et notre cœur ne trouve de repos qu'en toi». Comment aimer Dieu? Il faut aimer Dieu avec ardeur, avec vivacité. Ste Thérèse de l'Enfant Jésus à vingt-quatre ans était déjà brûlée de l'amour de Dieu. Et nous missionnaires? Il veut tout notre cœur. Vous voyez, ce n'est pas que nous n'aimions le Seigneur, mais nous ne l'aimons pas de la manière et dans la mesure dont il veut être aimé par nous.
Notre cœur est déjà si petit, que nous ne devons pas le diviser. St François de Sales disait que s'il avait trouvé seulement une fibre dans son cœur qui n'avait pas été pour Dieu, il l'aurait enlevée sans miséricorde. Et nous? Aimons-nous le Seigneur vraiment de tout notre cœur? Si Jésus en ce moment nous adressait la demande faite à St Pierre: «M'aimes-tu plus que ceux-ci?» (Jn 21,15), que pourrions-nous lui répondre? Voici l'examen de conscience que je vous propose. Demandons-nous souvent, spécialement nous, missionnaires, si notre cœur est libre, s'il n'est pas divisé, s'il est constant. Le Seigneur se donne tout à nous et nous, nous voulons faire des réserves pour nous donner à Lui?
Aimons Dieu de toute notre âme, c'est-à-dire avec toute la volonté, en voulant ce qu'il veut et comme il le veut. Démontrons-lui notre amour en évitant le mal et en cherchant le plus parfait. Souvent nous nous trompons dans la vie pratique, spécialement dans les adversités ou dans les temps d'aridité. L'amour de volonté résiste à tout et reste solide même au milieu des épreuves. Aimer le Seigneur quand on a le vent dans les voiles, quand c'est-à-dire il y a la consolation, c'est bien facile! Mais l'aimer quand on est dans les ténèbres, dans l'obscurité de l'esprit et que le cœur semble de glace, alors oui que c'est de l'amour vrai! Faisons nôtres les paroles de St Paul: «Qui nous séparera de l'amour du Christ? La tribulation, l'angoisse? […] Aucune créature ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus notre Seigneur» (Rm 8, 35-39).
Aimons Dieu de tout notre esprit, de toutes nos forces. Demandons-nous: quelles sont nos pensées? Nos jugements? Sont-ils tous selon Dieu? Aimer Dieu de tout notre esprit, cela veut dire faire tout avec pureté d'intention: tout pour Lui, rien pour nous. Et encore, aimer de toute notre force signifie aimer le Seigneur le plus possible, sans avoir peur de trop l'aimer. Souvent c'est l'amour propre qui nous emplit le cœur. Et nous missionnaires? Si le cœur est plein d'amour de Dieu, il se manifeste dans notre vie. Souvenez-vous-en: celui qui ne brûle pas ne peut pas incendier.
99. Croître dans l'amour. Croître dans l'amour de Dieu par la prière: demander souvent à Dieu la charité qui est la reine de toutes les vertus. St Augustin répétait: «Fais Seigneur que je t'aime». Et St Ignace: «Donne-moi, Seigneur, ton amour avec ta grâce, et j'en ai suffisamment!». Demandons l'intercession de Marie, "Mère du saint amour", et de ces saints ou saintes qui se sont distinguées dans cet amour. Même dans la méditation le cœur s'enflamme d'amour. Méditer spécialement la Passion du Seigneur. St François de Sales disait que le Calvaire est le théâtre des amants. Chaque phrase du "Notre Père" est un acte d'amour de Dieu. De même chaque phrase du "Tantum ergo". Par exemple les paroles: «Adorons le Sacrement» sont un acte d'amour, parce que la vraie adoration est amour. Ainsi: «Que la foi remplace les limites des sens», cela nous aide à être contents de ne pas voir ni ne rien sentir avec les sens, parce que nous pouvons avoir la foi en Sa parole, et cela aussi est amour. Et encore: «Au Père et au Fils louange et gloire». Combien d'actes d'amour: que Dieu soit loué, que tous l'aiment, que Sa grandeur soit connue de partout! Tout cela est amour, pur amour, à condition que ces belles expressions nous les fassions surgir du cœur.
Croître dans l'amour de Dieu par les œuvres: faisons des œuvres qui plaisent à Dieu. Comme enseigne St Grégoire le Grand: «La preuve de la charité est l'action». Jésus a dit: «Si vous m'aimez, vous garderez mes commandements» (Jn 14,15). Le thermomètre pour connaître le degré de notre amour pour Dieu est dans les œuvres. Ne nous contentons donc pas de paroles, mais allons à la pratique. Nous, en particulier, nous devons avoir "soif d'âmes", comme notre Seigneur. Même à travers les actions communes de chaque jour nous pouvons être collaborateurs du Rédempteur. Tout ici est organisé pour pourvoir faire du bien un jour. En mission on doit avoir le cœur ouvert à toute faiblesse et donc plein d'amour de Dieu. St François Xavier était rempli de cet amour et il était donc un missionnaire ardent. Celui qui n'aime pas ne fera jamais rien de bien. Chanceux êtes-vous, vous qui aurez la possibilité d'être des apôtres en mission, si vous devenez des saints! Et vous serez d'autant plus saints que vous serez remplis d'amour de Dieu.
Croître dans l'amour de Dieu avec pureté d'intention. La pureté d'intention est un acte d'amour, par lequel nous référons toutes nos actions à Dieu seul, à sa gloire: «Mon Dieu et mon tout!». D'autant plus parfaite est la finalité, d'autant plus parfaite est notre œuvre. Le Seigneur a dit: «Si donc ton œil (c'est-à-dire ton intention) est sain, ton corps tout entier sera dans la lumière (c'est-à-dire toute ton œuvre sera bonne devant Dieu). Si donc la lumière qui est en toi est ténèbres, quelles ténèbres ce sera! (Mt 6, 22-23). Comme nous serions heureux si nous référions tout au Seigneur et seulement à Lui! Lui seul peut nous bénir, nous consoler, faire prospérer toutes nos œuvres. Il est vrais que nous référons à Dieu chaque matin toutes nos pensées, nos affections et nos actions, mais cela ne suffit pas. Il faut renouveler souvent l'intention droite durant la journée. Soyons attentif à purifier notre intention. Dieu seul! A Dieu seulement l'honneur et la gloire!
100. Vouloir ce que Dieu veut. La sainteté la plus parfaite et le bonheur le plus complet se trouvent en faisant la volonté de Dieu. St Basile affirme que le secret pour être heureux, même en ce monde, est de faire la volonté de Dieu. St Paul, à peine converti, s'y donna pleinement: «Que dois-je faire, Seigneur?» (Ac 22,10). Joseph Cafasso explique ainsi l'union de notre volonté à celle de Dieu: «Vouloir ce que Dieu veut; le vouloir de cette manière, dans ce temps, dans ces circonstance où Il le veut, et tout cela le vouloir non pour autre chose, mais parce qu'ainsi Dieu le veut». Le Seigneur Jésus Christ nous en donna l'exemple par les paroles et par les faits. S'il priait, s'il travaillait, s'il prêchait, c'était toujours pour faire la volonté du Père. Sur la Croix, après avoir déclaré que tout était consommé, il inclina la tête (cf. Jn 19,30) comme pour indiquer que même dans le dernier acte de la mort il faisait la volonté du Père.
Si quelqu'un s'unit à la volonté de Dieu, il voit les choses comme Lui il les voit. Cherchons-la de la même manière tant dans les grandes choses que dans les petites, tant en public qu'en privé. Bien faire les choses sans rien attendre des autres. Dieu seul suffit! S'il arrive des épreuves, les accepter sans se lamenter, y voyant la volonté de Dieu. David, tandis que Shiméï tirait contre lui des pierres et des malédictions, répondait à Abishaï qui aurait voulu le tuer: «S'il maudit et si Yahvé lui a ordonné: 'Maudis David', qui donc pourrait lui dire: 'Pourquoi as-tu agi ainsi?' (2S 16,10). Le Seigneur sait toujours tirer du bien du mal.
Mais attention, souvent l'amour-propre nous fait prendre pour volonté de Dieu ce qui ne l'est pas. Nous faisons tant de choses dans l'illusion d'être dans la volonté de Dieu, mais souvent c'est le ver de l'amour propre. Ayons les yeux fixés vers le haut! Notre regard est là: Dieu Seul! Ne nous préoccupons pas de la réussite des œuvres; Dieu récompensera selon notre travail et non selon la réussite dont le Seigneur permet peut-être qu'elle soit médiocre ou nulle pour nous donner une leçon d'humilité. Voici l'importance de bien viser! Si nous lui donnons le début de l'œuvre, le Seigneur nous aidera pour le reste. Ce qui a fait et qui fait les saints c'est la volonté, la bonne volonté; c'est de ne pas mettre de réserves dans le service de Dieu.
Il faut s'examiner sans passion et se mettre devant le Seigneur: «Seigneur que je te connaisse, Toi et ta volonté!», parce que l'amour propre nous le cache. Ste Gertrude récitait plusieurs fois pas jour cette jaculatoire: «Très aimable Jésus, que ce ne sois pas ma volonté qui se fasse, mais la tienne». Disons-la nous aussi quelques fois, spécialement dans les adversités. Dans le "Notre Père" nous demandons que le règne de Dieu vienne et, tout de suite après, que sa volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Essayons donc de vivre continuellement dans la volonté de Dieu.
Tout cela coûte, naturellement. Mais comme disent les saints, c'est seulement le début qui coûte, parce qu'ensuite on en jouit. Examinons-nous sérieusement, parce qu'il est facile de dire dans les moments de ferveur: que ta volonté soit faite! Mais pratiquement nous est-ce que nous aimons toujours de faire en tout la volonté de Dieu? Il faut se détacher de notre volonté et s'interroger pour chaque action: c'est vraiment cela que Dieu veut de moi? Il n'est pas mauvais, qu’ici et en mission, on change les charges et que celui qui avait l'autorité retourne à l’obéissance. Ainsi il s'habitue à chercher et à faire pratiquement la volonté de Dieu, à travailler uniquement pour Lui. Disons à Dieu: j'accepte tout, je veux tout sans restriction, non seulement en général, mais dans les plus minimes circonstances. Pas un fil, pas une parole, pas une œuvre qui ne soit pas pour Toi, mon Dieu! Celui qui accomplit toujours la volonté de Dieu, en plus de jouir d'une paix parfaite, acquiert beaucoup de mérites!
Ce qui me console le plus c'est que j'ai toujours fait ce que le Seigneur voulait de moi; ça me console de savoir que je n'ai jamais dévié. Quand Mgr Gastaldi me nomma directeur spirituel au séminaire, j'allai chez lui et lui dis: «Je suis trop jeune et ensuite j'espérais être un jour un humble curé, mais je suis fils de l'obéissance». Et lui: «Tu veux être curé? Je te donne la première paroisse de Turin: le séminaire». Quand il m'envoya à la Consolata, je n'avais pas encore trente ans et là il y avait un hospice pour les vieux prêtres, Je lui demandai: «C'est vraiment la volonté de Dieu? Je n'ai pas encore trente ans, je n'ai pas d'expérience» - «Tu vois – me répondit-il – être jeune est un défaut qui se corrige un peu à la fois. Les erreurs, ensuite, justement parce que tu es jeune, tu as le temps de les corriger». Vous voyez, il faut être là où le Seigneur nous veut. Si je n'avais pas accepté, Mgr Gastaldi aurait écouté mon «non», mais j'aurais pris une route où le Seigneur ne me voulait pas.
101. Mission confiée à qui aime beaucoup. La charité envers Dieu est nécessaire de manière bien particulière pour nous, qui avons reçu la vocation et la mission de la communiquer: «Je suis venu apporter le feu sur la terre, et comme je voudrais que déjà il fût allumé!» (Lc 12,49). Comment pourrons-nous communiquer ce feu sacré si nous n'en sommes pas d'abord remplis? Le Seigneur Jésus, avant de confier à Pierre le soin du troupeau, exigea de lui trois affirmations d'amour. Jésus ne confie la mission d'évangéliser qu'à celui qui l'aime, qui l'aime beaucoup, qui l'aime vraiment. Il ne suffit pas que nous l'aimions de n'importe quelle manière, il faut un amour superlatif. Seul un grand amour nous rendra de grands missionnaires, nous fera supporter volontiers les sacrifices de la vie apostolique et assurera le fruit de nos fatigues. Le Seigneur, en tout ce qu'il permet, veut toujours et seulement notre bien. Disons-lui du fond du cœur: Que ta volonté soit faite! Non seulement conformité, mais uniformité à la volonté de Dieu, ce qui est plus parfait. L'amour vient à bout de tout, surpasse tout.
Examinons-nous nous-mêmes pour voir si dans les cas pratiques nous nous conduisons selon ces principes. Si nous faisons ainsi, le Seigneur se servira de nous pour faire beaucoup de bien, comme il s'est servi de St François Xavier. En plus, si nous faisons toujours la volonté de Dieu avec pureté d'intention, nos journées seront vraiment pleines, parce que du matin au soir ce sera une continuelle accumulation de trésors pour le ciel. À la fin de notre vie nous trouverons avoir fait beaucoup, même si maintenant il nous semble avoir fait peu.
----------------------------------------
1 Joseph Allamano parlait de la charité de manière unitaire conne dans l'Évangile, c'est-à-dire envers Dieu et envers le prochain. Cependant, habituellement, il développe son enseignement dans le contexte de la vie communautaire; ce qui se fait dans ces pages.